« Je sais pourquoi je vais mal, mais ça ne change rien »

Milène Rapp - Blog 2026_4

Quand comprendre ne suffit plus.

« Je sais d’où ça vient. J’ai compris mon histoire.
Mais je vais toujours mal. »

C’est une phrase que j’entends très souvent : « J’ai déjà fait une analyse, c’était utile, j’ai compris des choses, mais maintenant je veux vraiment que ça change. »
Des personnes lucides, intelligentes, engagées dans un vrai travail sur elles-mêmes.

 
Elles ont mis du sens sur leurs blessures, identifié leurs schémas, parfois même suivi des années de thérapie…
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Et pourtant, la souffrance est toujours là.

Ce décalage n’est ni rare, ni anormal. Il pointe une réalité clinique essentielle : comprendre n’est pas toujours transformer.

Les limites du tout-analytique

Comprendre est une étape… pas le seul levier

La compréhension est une activité cognitive.
Elle mobilise le langage, la réflexion, l’analyse.
Or, la souffrance émotionnelle profonde ne se loge pas uniquement dans la pensée.

Carl Rogers l’a formulé très clairement :

Le paradoxe curieux, c’est que lorsque je m’accepte tel que je suis, alors je peux changer. » (Devenir une personne, 1961)

Autrement dit :
le changement ne vient pas de l’explication, mais de l’expérience vécue d’acceptation.
Savoir pourquoi je souffre ne suffit pas si, intérieurement, quelque chose continue de se contracter, de se défendre, de se figer.

Vouloir ce qui m’arrive. (Dr. Roger Vittoz, 1910)

La méthode Vittoz prépare ce travail en approfondissant l’état de présence sans jugement, et la thérapie MOSAIC® vient renforcer les ressources pour le vivre dans la tranquillité, traverser ce changement pour l’expérimenter dans toutes les zones de ma vie.

Ce que montre la clinique :
des patients/clients qui “savent”, mais ne vont pas mieux

En pratique clinique, on observe fréquemment des personnes qui :

  • comprennent parfaitement leur histoire,

  • peuvent raconter leur passé avec cohérence,

  • identifient leurs mécanismes de défense,

…mais dont le système émotionnel reste inchangé.

Les recherches en psychothérapie confirment ce constat.
Les travaux de Bruce Wampold et d’autres chercheurs sur les facteurs communs montrent que :

Anxio dépressif - Milène Rapp
Milène Rapp
  • l’insight intellectuel, à lui seul, est faiblement corrélé au changement durable,

  • ce qui transforme réellement, c’est l’expérience émotionnelle vécue dans un cadre sécurisé.

Autrement dit : Le changement ne se produit pas parce que l’on comprend, mais parce que quelque chose se vit autrement.

Pourquoi comprendre ≠ transformer

Le cerveau qui sait n’est pas le système qui souffre

Une grande partie de nos réactions émotionnelles s’inscrit dans :

  • la mémoire implicite,

  • le corps,

  • le système nerveux autonome.

Ces niveaux ne répondent pas à l’argumentation rationnelle.

C. G. Jung l’exprimait ainsi :

« On ne s’illumine pas en imaginant des figures de lumière, mais en prenant conscience de l’obscurité. » (Œuvres complètes. Vol. 13)

Rendre conscient est nécessaire. Et Jung précise ailleurs que la transformation psychique implique une expérience vécue, pas seulement une prise de conscience intellectuelle.

Beaucoup de patients ont déjà “rendu conscient”.
Ce qui manque n’est pas la compréhension, mais l’intégration.

Quand comprendre devient une protection

Paradoxalement, comprendre peut parfois servir à ne pas ressentir.

Je connais bien ce mécanisme pour l’avoir beaucoup employé. ( Le mettre à jour est déjà une belle étape !)

On parle alors d’intellectualisation :

  • on analyse,

  • on explique,

  • on met à distance.

Cela donne l’illusion du mouvement, tout en évitant le contact direct avec la douleur, la peur ou la vulnérabilité.

Dans ces cas-là, aller “encore plus loin dans l’analyse” ne fait que renforcer le blocage.

Ce que montrent les approches expérientielles

Les recherches sur les thérapies expérientielles et intégratives montrent que :

  • le changement durable survient lorsqu’une expérience émotionnelle nouvelle est vécue,

  • le système interne apprend, non pas par explication, mais par expérience corrective.

Ce n’est pas raconter encore une fois ce qui a fait mal qui transforme,
mais vivre aujourd’hui quelque chose de différent, dans un cadre sécurisé.

Quand “je sais pourquoi je vais mal” devient un signal

Cette phrase n’est pas un échec !
C’est souvent un signal de seuil thérapeutique.

Elle indique que :

  • le travail de compréhension a été fait,

  • mais que le système a besoin d’un autre type d’accompagnement.

Moins de “pourquoi”.
Plus de comment c’est vécu maintenant.

La thérapie MOSAIC® : une autre porte d’entrée dans le changement

L’approche MOSAIC® s’inscrit précisément à cet endroit.

Elle ne nie pas l’importance de la compréhension. L’univers et les valeurs de la personne sont non seulement respectées mais viennent en appui du changement.

Elle part du principe que, chez beaucoup de personnes, le mental a déjà fait son travail.

MOSAIC propose alors autre chose :

  • travailler là où la souffrance est encore active,

  • s’adresser à l’émotion, au ressenti, aux images internes,

  • permettre une expérience réparatrice, plutôt qu’une explication supplémentaire.

Dans l’esprit de Rogers, il ne s’agit pas de “corriger” la personne, mais de créer les conditions dans lesquelles le changement peut émerger naturellement.

Cela passe parfois par un regard à 180°, et cela est possible grâce aux expériences de vie déjà traversées qui témoignent des ressources présentes.

En conclusion : vous n’êtes pas bloqué, vous êtes arrivé au seuil de quelque chose de nouveau.

Si comprendre ne suffit plus,

ce n’est pas que vous n’avez pas assez travaillé.
C’est que votre système vous indique qu’il a besoin

d’autre chose que de ressasser.

Pour changer, il faut d’abord agir différemment, et seulement ensuite penser différemment. (« L’art du changement. », Wazlawick, Nardone, 1993)

 

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