Comprendre le transfert d’excitation grâce à la psychologie des médias
Comment nos émotions influencent … nos émotions… ! Vous êtes déjà sorti d’un film d’action ou romantique, le cœur battant, étrangement irritable ou euphorique ? Ou après un thriller intense, vous avez pu réagir de façon disproportionnée à un événement banal ? Certains réalisateurs comme Christopher Nolan ( Oppenheimer , Tenet, …) vous font vivre de sacrées mouvements internes ! Comment étiez-vous après Formule 1 ? ou KillBill pour les plus anciens…?
Et parfois les médias d’actualité peuvent aussi produire de sentiment d »angoisse et avoir du retentissement dans notre quotidien immédiat. On parle ici du syndrome du Grand méchant Monde (Mean World Syndrome) , une expression créée par George Gerbner.
Cela décrit le phénomène selon lequel les actes de violence rapportés dans les médias d’information contribuent à créer chez le public l’image d’un monde plus dangereux qu’il ne l’est en réalité.
Ce phénomène n’est pas qu’une impression. Il est décrit en psychologie des médias par le paradigme du transfert d’excitation, conceptualisé et étudié par le psychologue Dolf Zillmann.
Et il éclaire de façon fascinante nos émotions, sensations corporelles et comportements quotidiens.
Le transfert d’excitation : de quoi parle-t-on exactement ?
L’excitation
L’excitation désigne un état d’activité physiologique et psychologique accrue. Elle peut être déclenchée par divers stimuli, notamment des expériences émotionnelles (comme l’excitation ou la peur), des activités physiques (comme l’exercice physique) ou des situations intenses (comme le visionnage de contenus médiatiques palpitants).
Le principe est simple :
Une activation physiologique provoquée par une situation peut persister et influencer l’intensité émotionnelle d’une situation ultérieure.
Autrement dit :
Le corps reste activé
Le cerveau attribue parfois cette activation… à une nouvelle situation.
Les mécanismes clés expliqués par Zillmann
L’activation physiologique résiduelle
Lors d’une expérience émotionnelle (film, stress, conflit…) :
rythme cardiaque ↑
tension musculaire ↑
activation du système nerveux autonome ↑
Selon Zillmann, l’activation physiologique ne disparaît pas brusquement à la fin des conditions qui l’ont provoquée. Elle prend du temps à s’estomper car les processus hormonaux qui la maintiennent sont lents.
La misattribution
Le cerveau peut interpréter cette activation persistante comme liée :
à une nouvelle interaction, en sortant du cinéma je suis contrarié par le comportement d’un automobiliste.
à une nouvelle émotion, je suis saisie par la traversée d’un piéton que je n’ai pas vu avant.
à un nouvel événement, je suis témoin d’une violente altercation dans la ruelle de sortie de la salle.
On croit réagir à “ce qui se passe maintenant”
Alors qu’une partie vient de “ce qui s’est passé avant”
L’amplification émotionnelle
Ensuite ces deux sources s’additionnent :
la situation actuelle (présente)
l’excitation résiduelle (qui a eu lieu juste avant)
Et la dynamique à l »oeuvre montre selon le paradygme de Zillmann :
que les émotions sont plus intenses
que les réactions peuvent être disproportionnées
la personne peut manifester une irritabilité ou une exaltation inexpliquées
Au quotidien cela s'observe tant dans la vie de famille qu'au travail
Je rentre après une journée stressante :
activation interne élevée
fatigue nerveuse
tension corporelle
Mon enfant a laissé son sac, son manteau et ses chaussures en vrac dans l’entrée. (ça n’arrive jamais 😀 !)
Ma réaction possible :
Colère excessive
Ton brusque
Sentiment de culpabilité ensuite
Ce n’est pas “juste un truc qui traîne”, cela devient le transfert d’excitation du stress accumulé.
Dans la vie professionnelle
Après une réunion tendue :
système nerveux activé
tension non dissipée
Un collègue m’envoie un 1000ème mail et en plus mal rédigé, alors qu’il est dans le bureau voisin et qu’il aurait tout simplement pu passer vous donner l’info en direct.
Ma réaction possible :
impatience
défensive
interprétation négative
L’émotion actuelle est gonflée par l’activation résiduelle.
Dans les relations
Après un moment intense (sport, frayeur, film…), une interaction agréable peut sembler : plus séduisante
plus excitante
plus marquante
Le corps influence l’émotion.
Ce que cette théorie suggère :
Le transfert d’excitation montre que :
Nos émotions ne sont pas uniquement mentales
Le corps joue un rôle majeur
Nos réactions ne sont pas toujours liées à l’instant présent ou aux pensées
L’activation physiologique colore notre perception
Pourquoi la régulation émotionnelle devient essentielle ?
Si l’excitation persiste,
elle se déplace,
elle s’amplifie et
elle perturbe nos interactions.
Réguler ne signifie pas supprimer l’émotion, mais éviter qu’une activation passée ne déborde sur le présent.
La méthode Vittoz : apaiser l’excitation à la source
La méthode Vittoz , grâce à une pratique régulière, agit directement sur :
-
la conscience corporelle et donc une meilleure perception des états émotionnels.
-
l’attention au moment présent, ma présence est plus stable et je peux mieux contrôler mes paroles et mes actes, et modifier mon jugement.
-
la décision avant l’action : je reprend le contrôle et j’agis depuis l’état du moi adulte pour agir de façon responsable en tenant compte de moi et de l’autre.
On interrompt de plus en plus rapidement la chaîne du transfert d’excitation, plus de souplesse et de flexibilité.
La thérapie MOSAIC : intégrer plutôt que lutter
La thérapie MOSAIC (Mouvements Oculaires par Stimulation Alternée pour l’Intégration Cérébrale) vise :
-
la régulation neuro-émotionnelle
-
l’intégration des expériences perturbantes passées qui résonnent encore
-
l’activation de sensations ressources
Ce qu’elle permet :
diminuer la charge émotionnelle résiduelle
apaiser les réponses physiologiques excessives
restaurer un sentiment de sécurité interne
favoriser des réactions plus ajustées avec un nouveau réseau neuronal à l’oeuvre.
Moins d’excitation “en attente”, et moins de transfert incontrôlé
Sélection de références
https://nospensees.fr/le-paradigme-du-transfert-dexcitation/Texte ici
Zillmann D – Excitation transfer in communication-mediated aggressive behavior. Journal
of Experimental Social Psychology, 1983, 7, 419-434.

