Mon proche est anxieux, déprime : comment l’aider … mais pas trop ? Le problème de l’accommodation.

L'accommodation dans le trouble anxieux

Mon proche souffre de troubles anxieux, de TOC ou et de symptômes dépressifs … Aider… trop ? Quand l’accommodation des aidants freine le pouvoir d’agir des personnes anxieuses ou dépressives… comment le soutenir sans saboter son processus de guérison ?

Une aide bien intentionnée, mais à quel prix ?

Enzo, 28 ans, souffre de troubles anxieux généralisés et connaît des symptômes dépressifs qui s’empirent. Comme beaucoup de mères, celle d’Enzo culpabilise et répond à son anxiété par un comportement de compensation dans les tâches nourricières. Elle dit qu’elle fait ce qu’il faut, parfois « à sa place » pour que son fils aille mieux, parce qu’elle l’aime et qu’elle ne veut pas qu’il sombre et se laisse aller.

Clémence, à 18 ans , elle a développé des TOC de vérification, son père, avec beaucoup de patience la rassure et reste près d’elle lors de ses rituels du matin jusqu’à ce qu’elle puisse partir en cours. Parfois  Clémence réclame même qu’il intervienne dans sa routine en faisant des gestes très précis.

Bien qu’animés par l’amour ou la peur, ce que ces parents ne voient pas c’est que leur attitude accommodante renforce l’anxiété, la dépendance et l’évitement.

Nous allons regarder ici comment ce comportement de l’aidant que l’on appelle l’accommodation, produit l’inverse de ce qu’on espère pour notre proche et voir ensemble comment accompagner autrement.

 

Qu’est-ce que l’accommodation dans la relation d’aide ?

Selon Rowa et al. (2012), l’accommodation désigne le fait qu’une personne modifie son comportement, ses paroles ou ses réactions pour répondre aux attentes de l’autre.

Cependant, cette adaptation excessive peut devenir problématique :

  • Elle empêche l’exposition émotionnelle, c’est à dire le fait de vivre pleinement ses émotions.

  • Or cette exposition est nécessaire au changement psychologique, notamment dans les processus thérapeutiques.

En d’autres termes, lorsque quelqu’un s’ajuste trop pour éviter le conflit ou protéger l’autre, il se prive et ici prive l’autre aussi , de l’expérience émotionnelle qui permettrait une évolution personnelle.

 

Ainsi une personne aidante accommodante pourrait adopter ce type de comportements :

  • éviter certaines situations à la place de la personne aidée, (annuler ou prendre un rdv pour elle)

  • la rassurer ou la conforter dans son état de manière excessive, (tu es vraiment si malheureuse, tu as raison c’est terrifiant, ça m’angoisse aussi que tu me dises ça…) 

  • fait à sa place ce qu’elle pourrait faire seule, (laver son linge, préparer tout ce qu’il faut pour ses rituels de toc, vérifier avec elle pour la rassurer ) 

  • modifie son propre comportement pour réduire l’anxiété ou la détresse de l’autre (ET LA SIENNE!), 

⚠️ L’Intention est de 😇 soulager  👉 L’Effet paradoxal est de 😖 maintenir le trouble

Le concept d’accommodation est issu notamment des travaux sur la family accommodation dans les troubles anxieux (TOC, TAG, phobies, dépression).

L’accommodation agit comme un renforcement négatif de l’évitement. Puisqu’on va faire pour moi, je n’ai pas besoin d’aller chercher en moi l’énergie de vie, pour ramasser mon linge, ou je n’ai pas à sentir la tension qui me pousse à vérifier, laver, ranger, faire ma routine de toc … L’autre est là qui me rassure je n’ai pas à contacter en moi mes propres forces pour faire face et sentir la tension ou le manque de vitalité. Je ne sens pas ou moins l’inconfort de mon état à modifier … je vais alors peut-être plus me complaire dedans et me figurer et me convaincre que je ne suis pas capable de faire tout seul. 

Pourquoi l’aidant accommode-t-il autant ?

Ce sont les propres peurs de l’aidant qui le poussent à s’accommoder pour son proche (nous ne sommes pas proches par hasard … )  

  • Peur que l’autre s’effondre,

  • Peur d’aggraver les symptôme

  • Peur du conflit ou de la culpabilité

  • Peur d’être un « mauvais aidant » 

👉 L’aidant régule sa propre anxiété en faisant à la place de l’autre.

D’où ses peurs peuvent-elle venir ?

La peur du conflit

Certaines personnes redoutent les tensions. Elles préfèrent s’adapter plutôt que risquer une confrontation, même mineure. Cela peut venir d’expériences passées où exprimer ses émotions menait à des réactions négatives.

Le besoin d’être aimé ou validé

L’accommodation peut devenir une manière de maintenir l’approbation de l’autre. « Si je ne dérange pas, on m’aimera davantage. » Ce sont des schéma précoces qui ont permis longtemps de joue un rôle protecteur de pour l’amour de soi, sont-ils encore nécessaires ?

Une faible estime de soi

Quand on doute de sa valeur, on peut croire que ses besoins comptent moins que ceux des autres. S’ajuster devient alors un réflexe pour “mériter” sa place.

Des modèles familiaux

Dans certaines familles, exprimer ses émotions ou ses désaccords n’était pas encouragé. On apprend alors à s’adapter pour maintenir l’harmonie. De surcroît accepter un trouble mental dans la famille pourrait être un signe extérieur de faiblesse, pourrait désavouer le clan… tout faire pour que ça passe vite !

L’anxiété

L’incertitude émotionnelle peut être difficile à tolérer. S’accommoder permet de réduire l’anxiété à court terme… mais empêche le changement à long terme.

Le désir de protéger l’autre, la peur de la perte

Parfois, on s’adapte pour éviter de blesser ou de surcharger quelqu’un qu’on perçoit comme fragile ou stressé. J’adopte la posture de sauveur (qui peut devenir persécuteur, plutôt que de soutien demandé demandé par l’autre…)

Des schémas relationnels anciens

Certaines personnes ont intégré l’idée qu’elles doivent “faire plaisir” pour être en sécurité dans une relation. C’est un mécanisme très courant dans les dynamiques d’attachement anxieux.

Ce que dit la recherche

  • Les études montrent que l’anxiété de l’aidant prédit le niveau d’accommodation.
    (Lebowitz et al., 2013 ; 2016).

  • Plus l’aidant est anxieux ou épuisé, plus il a tendance à surprotéger et à suppléer.

 

Comment l’accommodation empêche le pouvoir d’agir ?

Accommodation en santé mentale - Thérapie Bordeaux

Le cercle vicieux

  1. La personne aidée évite ou se sent incapable 

  2. L’aidant fait à sa place 👉

  3. Le soulagement est immédiat 👉

  4. Le message implicite s’installe :
    « Tu ne peux pas » 👉

  5. La dépendance augmente 👉 1

Impact sur la personne aidée

  • Baisse de l’auto-efficacité

  • Renforcement de l’évitement

  • Maintien de l’anxiété et/ou de la dépression

  • Perte progressive du sentiment de compétence

 

Quand aider devient un empêchement relationnel

Le premier risque lorsqu’il s’agit d’un proche adulte , c’est le glissement de la relation d’adulte à adulte vers une relation aidant à dépendant. Le cadre de référence de l’analyse transactionnelle (Eric Berne) mettrait à jour une relation symbiotique entre l’état du Moi [parent/adulte]de l’un vers l’état du Moi [Enfant] de l’autre. La relation ne permet pas à chacun d’être responsable de soi. 

Or, l’enjeu pour aider avec justesse est de trouver un soutien sans être enfermé dans ce rôle aidant/aidé. Le risque est que la relation se déséquilibre et que la personne aidée se trouve privée de la possibilité d’investir l’état du Moi Adulte (même pour l’enfant ou l’adolescent) alors que c’est précisément ce qu’il a besoin de pouvoir expérimenter et sentir pour reprendre pied et se renforcer.

Un autre risque est que naisse du ressentiment des deux côtés du fait que : 

  • l’aidant s’épuise

  • la personne aidée se sent diminuée ou infantilisée

ce qui peut engendrer une diminution : 

  • l’autonomie émotionnelle et décisionnelle

  • du sentiment mutuel de confiance. 

Accompagner sans empêcher : changer de posture

❌ Faire à la place => ✅ Soutenir pendant que l’autre fait

❌ Éviter pour protéger => ✅ Accompagner progressivement l’exposition

❌ Rassurer sans limite => ✅ Encourager la tolérance à l’inconfort

L’Objectif est soutenir le courage et non pas supprimer l’anxiété


 

Le travail mené en thérapie

« La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent » attribué à Albert Einstein.

  • Le travail en thérapie consistera tout d’abord à observer sans jugement les mécanismes à l’oeuvre, d’évaluer l’efficacité des stratégie mises en place par les personnes dans le système, si nécessaire de mettre en place des tâches stratégiques et sensorielles afin d’expérimenter de nouveau mode d’être ensemble et avec soi. 

L’objectif sera de redonner du pouvoir d’agir en respectant l’univers des personnes et leur rythme.

Avec une réflexion commune sur les représentations : 

  • Clarifier cette croyance : ne plus accommoder ≠ abandonner

  • Comprendre que cesser d’accommoder est un acte thérapeutique qui permet de :

        ✅ restaurer la confiance   

        ✅ soutenir l’autonomie 

        ✅ permettre l’apprentissage émotionnel

  • Aider, ce n’est pas supprimer toute souffrance, c’est accompagner la personne à retrouver ou construire sa capacité à faire face.
  • Soutenir un proche anxieux ou dépressif, c’est parfois accepter de le voir traverser l’inconfort.

Redonner le pouvoir d’agir : il s'agit d'un processus, ce n'est pas un abandon

Le cadre de référence sur lequel je m’appuie dans la thérapie, la méthode Vittoz et la thérapie MOSAIC®, a pour objectif de respecter au mieux le processus d’individuation de la personne et son accès responsable à l’autonomie. Je suis attentive à la place des proches dans l’entourage de la personne que j’accompagne. Il est bon d’être soutenu, il est aussi très important de fortifier ses propres ressources en les sollicitant dès que c’est possible. La conscience de soi qui s’affine dans l’écrin du cabinet et de la relation aux proches quand elle est équilibrée laisse la place progressivement à une exposition possible et tranquille dans le rapport au monde. 

 

Sélection de références

Alexandre De Connor. Accommodation familiale : Déterminants cliniques et psychopathologiques dans le TOC. Psychologie. Université Paul Valéry – Montpellier III, 2024. Français.