Une vie connectée, déconnectée
Je suis particulièrement interpellée par la recherche de sens pour les personnes. Parfois elle est consciente et déjà orientée, parfois elle est orientée mais mise à mal au moindre événement perturbateur, et c’est souvent pour cela qu’ils viennent me voir, et parfois elle est prégnante tant elle règne par son absence, laissant le place au vide et à l’angoisse chronique.
Par ailleurs, dans le quotidien, les interactions, surtout numériques aujourd’hui, suscitent des stimulations qui viennent et vont en tous sens, qui traversent, sans presque plus aucunes limites les espaces privés, publiques.,
Et donc, cela se traduit par des symptômes bien souvent anxio-dépressifs qui posent de façon quasi systématique la question du Comment ?… Comment habiter sereinement l’espace et le temps ? Comment se réguler ? Comment gérer mes relations ? Comment supporter le stress ? Voir comment se protéger de sa sensibilité ? Cette dernière question m’attriste le plus souvent… et je la comprends. La sensibilité épuise et fait souffrir… et pourtant elle le signe de la vie présente.
Pourquoi changer ?
Alors, nécessairement mon œil et mon oreille attentifs de thérapeute, cherche à distinguer le vrai du fake, l’authentique « élan vers », du besoin de sécurisation, les dedans et les dehors, les mouvements et les figements… au travers d’une demande, ou d’une situation, et je reviens toujours à cette question, qu’est-ce qui motive le maintient ou le changement ?
Le corps et l’esprit sont soumis à toutes formes de pressions injonctives, les hommes et les femmes que je croise, les jeunes et les enfants, moi-même nous sommes en réalité en nécessité de trouver une boussole, un refuge spatio-temporel cependant en mouvement, … et donc un sens, une direction, un but, une raison parfois à notre existence.
Sentir l’inconfort ? Certainement ! Et ce sera une étape essentielle de mise en travail au court de la thérapie ! Mais l’Homme est parfois capable de supporter des symptômes inimaginables avant de quitter un mécanisme souffrant ! Des hommes et des femmes ont même su trouver du sens pour survivre aux plus abominables conditions d’être dans les camps d’Auschwitz. Et c’est là que nous pouvons peut-être puiser des éléments de réflexion intéressants, des points d’appuis pour sortir du vide, orienté notre regard autrement !
Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir.
Certes, la formule à vécu. Mais;Dans le pire du pire, dans la nuit la plus noire, la lumière de vie a pu continuer de maintenir le désir de vivre. Viktor E. Frankl (1) livre un bouleversant témoignage de ce qu’il observe de la nature humaine quand elle est ou non capable de survivre à la violence, la souffrance extrême, la faim et toute forme de misère et de rabaissement imposé. Ce qui change dit-il, c’est le fait d’avoir ou non une raison (un sens, un « logos ») de résister, voire d’embrasser des comportements d’ordinaire proscrit pas sa propre morale pour être celui qui ne va pas partir aux douches. Les meilleurs d’entre nous sont partis les premiers rappelle-t-il. Renoncer même à sa bonté pour vivre ? Je conçois qu’on le questionne, à froid, tous nous n’avons pas un appel au martyr.
Sub specie aeternitatis (Sous le regard de l'éternité)
Sub specie aeternitatis que Frankl remet à l’ordre du jour de sa logothérapie, c’est une expression latine qui signifie « sous l’aspect de l’éternité » ou « du point de vue de l’éternité ».
Elle est utilisée en philosophie — surtout par Spinoza — pour décrire une manière de voir les choses selon une perspective intemporelle et universelle, plutôt qu’à partir du point de vue limité, personnel ou momentané de la vie quotidienne.
Dans les camps chaque détail de la vie quotidienne est une occasion de survie ou de mort assurée. Frankl observait que ceux qui pouvaient donner un sens supérieur à leur souffrance — une tâche à accomplir, une personne à revoir, une valeur à incarner — avaient plus de chances de survivre psychologiquement. C’est une forme de regard “éternel” : mettre sa vie en perspective pour lui donner direction et dignité.
Observons qu’en 1931 à Berlin,, le père Bernard Liechtenberg, précisément curé de la cathédrale Saint Edwige et fervent défenseur du droit des juifs, avait le même Leitmotiv, : « Mettre le jour à venir sous le regard de l’éternité. »
Pour Frankl, l’être humain peut survivre à presque tout s’il découvre un sens qui dépasse sa situation immédiate. Quelque chose de plus grand que soi. C’est aussi un ressort des groupe des Alcooliques Anonymes. Trouver un mode d’expression de soi orienté vers l’extérieur, vers l’autre.
Cela correspond exactement au changement de perspective proposé par sub specie aeternitatis :
• Sortir de l’immédiateté de la souffrance.
• Voir son existence à l’échelle d’une signification plus vaste.
• Interpréter les événements dans une temporalité élargie (la vie entière, voire au-delà).
Comment cette pensée peut-elle venir de façon stratégique orienter le travail thérapeutique ?
Les implications thérapeutiques dans le travail intégratif
Frankl dans sa logothérapie propose trois voies d’accès au sens :
1. Créative (ce que je fais, j’apporte au monde) – Qu’on pourrait relier en thérapie Vittoz à l’émissivité dans le système attentionnel
2. Expérientielle (ce que je reçois : amour, beauté, rencontre) – … En Vittoz : relié à la réceptivité dans le système attentionnel
3. Attitudinale (l’attitude que j’adopte face à ce que je ne peux changer) – En Vittoz : relié à l’essor de la volonté, toujours présente, et la mise en action consciente.
Le travail avec la méthode Vittoz vient apporter de la satisfaction en permettant un nouvel état de présence à soi et au monde, elle permet aussi de mettre à distance ou d’intégrer, pose des limites plus claires, et remettre en perspective, à la juste place. Par la réceptivité spatio-temporelle, somesthésique et à travers les cinq sens, cela élargis la possibilité de trouver de la souplesse, de la flexibilité cognitive et favorise cette prise de conscience à tous les niveaux.
D’un point de vue de la thérapie stratégique MOSAIC cette prise de conscience vient essentiellement permettre de regarder sous un autre point de vue la situation jugée invivable (de façon très légitime). Bien entendu la valeur de la souffrance n’est a aucun moment retirée, au contraire, et les moyens que l’esprit utilise pour se défendre sont valorisés pour le rôle qu’ils ont joués dans la survie, mais remplacés par des mécanismes émotionnels, comportementaux, cognitifs plus adaptés au présent. Les recadrages (reframing) cognitifs sur les représentations vont se faire en douceur avec une nouvelle perspective.
La perspective sub specie aeternitatis constitue l’un des recadrages les plus puissants possibles :
• on change l’échelle temporelle,
• on change la position d’observation,
• on change le statut du problème (d’obstacle → mission).
Puis le travail va constituer à s’ancrer dans une expérience sensorielle significative et élargie au niveau neuronal pas les stimulations bilatérales alternées. C’est enfin au sein de la mise en actes dans les différents zones de la vie de la personne que ce travail va s’intégrer de façon opérationnelle
(1) Découvrir un sens à sa vie grâce à la logothérapie, J’ai lu, bien-être, juillet 2013.

