Déterminé pour le changement ?
En psychothérapie individuelle, la pratique du Dr Roger Vittoz aide à devenir mieux présent à soi, aux autres, à trouver un alignement entre ses désirs et ses ressources. C’est un beau projet.
La pratique de la méthode Vittoz est très simple et n’est pas très exigeante en termes de tâches.
Pourtant, souvent j’entends : « Je n’arrive pas à tenir mes décisions et à faire mes exercices… » et cela ne concerne pas que les personnes ayant un TDAH. Évidemment, je ne juge jamais cette phrase, je la questionne.
Et Oui … c’est un problème, car le cerveau est bien plastique et les changements sont possibles mais cela nécessite de la mise en route et de la pratique, de l’engagement vers le changement.
Il faut aussi intégrer (cela demande parfois un peu de temps) que cela ne se passe pas dans la tête, cela se vit dans le corps, pleinement et très simplement. (En cela, elle se conjugue extrême bien à la thérapie MOSAIC lorsqu’une problématique particulière le requière.)
Trop simple pour être efficace ?
Je pense à Nahaman, ce héros biblique, qui refuse de faire un acte symbolique trop simple à ses yeux pour voir accomplir le salut demandé… parfois ce qui est si simple ne nous satisfait pas, nous ne pouvons y adhérer… Et pourtant respirer est simple la plupart du temps, nous n’y pensons même pas … et c’est bien efficace pour nous tenir en vie.
Si je fais la démarche d’entamer une thérapie j’engage, du temps, de l’énergie et l’argent, il y a bien un essor de volonté au départ. Il y a bien cette solitude nécessaire qui précède la demande, qui permet de trouver un appui dont j’ai besoin dans l’instant. Cette solitude souvent perçue comme souffrance, (elle peut l’être) est pourtant inévitable pour une vie auto-determinée ou libre. Je ne suis et ne puis être que moi, et qu’avec moi, dans mes actes, dans mes paroles. Je ne choisis pas toujours les circonstances, mais je peux choisir ma posture face à celles-ci.
Cet essor vers le changement d’où vient-il alors ? Qu’est-ce qui est si douloureux ou inconfortable que je ne veux plus vivre ? Il ne peut y avoir de changement sans acceptation disait déjà C.G. Young. Regarder ce qui est, si peu agréable que ce soit à regarder. Recevoir et accepter. (non se résigner, mais accepter activement.) Le thérapeute sera auprès de vous pour regarder et sera au contact de cela avec compréhension, engagé dans la souffrance avec tout ce qu’il est, sans complaisance ni jugement, pour accompagner l’âme vers elle-même. Le Dr Vittoz n’a jamais voulu rendre ses patients dépendants, il les a voulus libres et acteurs, c’est pourquoi il engage ses recherches sur l’action et le changement, sur le conscient, même le plus petit, au service de tout l’être. C’est dans ce sillon que je veux travailler avec mes clients. Regarder ce qui est, accepter toutes les valeurs désirées et les mener au terme de leur maturation dans l’expérience corporelle, émotionnelle et cognitive.
La présence : souplesse et sincérité pour unifier tout l'être.
Comme il s’agit souvent de reprendre le pouvoir sur une part de soi passive, découragée …
J’entreprends une investigation, un questionnement, qui permet d’abord de préciser l’objectif de travail.
J’aime aussi lire C.G. Young quand il écrit : « L’homme mérite qu’il se soucie de lui-même car il porte dans son âme les germes de son devenir. Cela vaut la peine d’observer patiemment ce qui se passe à bas bruit dans l’âme, et le plus important est le meilleur se passe lorsque l’évolution échappe aux réglementations venant de l’extérieur et d’en haut.»
Le psychiatre suisse évoque ici la richesse innommable de tout ce qui n’est pas conscient et souvent relégué au fantasque indicible et inopérant. Or, l’inconscient reste quand, on le cherche à l’accepter avec tendresse et bienveillance, ce lieu d’existence caché qui permet un équilibre compensatoire ou prospectif non négligeable. Et c’est la qualité de la présence à soi qui va permettre de mettre en route ce travail d’unification de tout l’être en collaboration avec lui. A apprivoiser.
Ainsi le travail psychothérapeutique individuel tire un grand profit de cette capacité de présence. Le corps va ouvrir des portes parfois plus directes à l’inconscient, auxquelles la conscience seule n’a pas accès. Celle-ci est souvent trop occupée à trouver ses propres réponses dans une gamme d’éléments connus de l’esprit, et prêts à l’emploi méprisant toutes les perceptions non conscientes qui l’entourent, ainsi elle se fatigue elle-même.
La présence au coeur de la relation thérapeutique
C’est donc du dedans, de l’être à soi qu’il s’agit de partir … mais c’est depuis l’enveloppe qu’on y a accès, dans le lien avec l’autre et tenant compte de l’écrin que constitue l’espace thérapeutique pour y entrer en douceur et dans une énergie qui circule non plus en circuit fermé, mais dans l’altérité.
Car si le projet de la thérapie nécessite de faire plus de place au conscient et donc de grappiller cet espace qu’occupent nos projections. Il est souvent souffrant et méconnaissant, c’est donc aussi faire confiance à cette océan de richesses que constitue l’inconscient qui compte, il convient de le regarder comme un ami intérieur très libre (de tabou, de convictions, de dogmes, … ) et beaucoup moins limité. Oser lui faire confiance quand il apparaît dans le geste, le mot, la posture, et comprendre ce qu’il a à nous dire au détour d’un exercice symbolique vient à son tour nourrir un travail qui dépasse parfois même l’intention de départ du thérapeute …
Oui le projet de la présence réconcilie conscient et inconscient est il est à tenir en priorité car c’est bien la fonction de l’âme si on s’associe à la pensée de Young.
Vittoz : Répéter, pour assouplir et intégrer.
La méthode Vittoz n’est pas une gymnastique de l’esprit qui aide à se réguler, ce n’est pas non plus, un genre de Sophrologie (qui a elle même été inspirée du travail de Roger Vittoz), ce n’est pas un coaching pour apprendre à se maîtriser… c’est un réel travail de présence qui vient permettre d’exister en cohérence avec ses valeurs et aligner l’être profond, c’est pourquoi elle est admise au rang des psychothérapie par la FF2P. C’est ce qu’appelait de ses vœux le Dr Rosie Bruston, lorsqu’elle créée l’institut Vittoz-IRDC en 1982. Elle osait rappeler que le médecin suisse parlait de dressage quand il parlait du cerveau, pour l’entraîner à être plus conscient. Aujourd’hui, on parlerait de routine. Elle a le mérite d’être structurante si elle est définie et décidée avec justesse.
Au support physiologique de tout cela pour fortifier le conscient donc, de la pratique , oui. Il ne s’agit pas d’un projet prométhéen, si on lui rend la mesure de notre humanité limitée, il s’agit par exemple de recevoir une sensation sans pensée, un entraînement cognitif d’attention focalisée. L’acte conscient est aussi très adapté à ce projet de réconciliation intérieure car très réaliste et si simple et d’autant plus efficace qu’il est vécu souvent et avec auto-compassion, voire auto-satisfaction, oui !
Comment rendre petit et réalisable nos grands objectifs pour ne pas se décourager ?
Parfois, il peut être bon d’anticiper nos limites, les regarder avec bienveillance mais sans complaisance, ces moments possibles d’oublis ou de découragement. Cela nécessite de se poser à l’avance des sécurités, un cadre .
La proposition de Jerry Seinfeld* peut devenir utile :
- Transformer mon gros objectif (ex. Gagner en qualité de présence )
en un petit objectif quotidien (ex. revivre 1 acte conscient expérimenté en séance = quelques secondes )
- Sur un calendrier/carnet ( de préférence papier) cocher chaque jour, pourquoi pas à heure fixe :
Jeudi 1er janvier 2026
Vendredi 2 janvier 2026
Samedi 3 janvier 2026 …
- Ne jamais casser la chaîne de réussite. ( ou exceptionnellement et de façon consciente et décidée !)
En termes de progression, pour l’acte conscient pratiqué en séance, on procédera comme suit : En faire au moins 1 /jour, puis 2, puis 3 … le Dr Vittoz indiquait 1 par heure. ( ce qui en soit n’est vraiment pas grand chose : de 7h à 22h, je m’offre 15x 30 secondes, soit 7,5 min /1440min de vraie présence par jour ! )
Ainsi, j’engage activement ma responsabilité vis à vis de moi et « je m’offre le temps présent » et je m’en félicite, en sentant dans mon corps la satisfaction, à chaque fois pour offrir à mon système nerveux la dopamine si bienvenue.
L'expérience du Groupe FOVEA
Une autre solution est de trouver du soutien dans l’expérience du Groupe.
Les avantages du groupe :
Je trouve un lieu d’expérimentation sans jugement dans un cadre intime et sécurisé.
Je créé du lien avec d’autres.
Je profite de l’énergie et l’expérience des autres en vivant des échos, des stimulations.
Je suis un soutien pour l’autre et j’éprouve de la satisfaction à cela.
Je trouve un soutien dans mes décisions, mes engagements, je ne suis plus seul.
Les avantage pour la pratique Vittoz :
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J’ai une progression intégrative régulière et planifiée.
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Je mets en place des pratiques nouvelles de façon échelonnée dans le temps.
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J’ai un point de départ d’observation de mon mode de vie, et je prends acte de mon changement grâce à l ‘évaluation avant/après le groupe.
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Je peux participer, si je le souhaite, à la recherche en partageant ces axes de progression avec le programme FOVEA en partenariat avec l‘université de Grenoble Alpes
En 2026 je réouvre des propositions en groupe parce que, je sais qu’il stimule de façon différente le travail personnel et que des personnes me l’ont demandé.
J’accueille aussi les personnes qui ne sont pas en thérapie individuelle avec moi.
Bibliographie
L’âme et la vie, C.G.Young . éd. Buchet/Chastel, 1963, Livre de poche,- col. Références p.42
Développer l’état de présence des patients, Le Vittoz, processus thérapeutique de transformation de Patrick Bobichon, éd. Chroniques Sociales, 2025.
Méthode Vittoz en groupe. Pr Shankland Rebecca, préface Christophe André, Chroniques Sociales.

