La nature, agent sous-estimé de guérison

La nature agent de guérison

L’éternelle remarque… moi j’adore l’autonome, ou moi … ça me déprime… 

De plus, ces derniers jours offrent encore des couleurs de feu, et l’autonomie dans le sud-ouest demeure un moment privilégié pour sentir la vie. Avec cela, une part de soi sait que ces instants fugaces doivent être apprécies à leur juste valeur car demain, les arbres seront nus et froids, et la lumière va continuer de baisser. Un signal pour nous aussi, le temps du remplis s’annonce comme une promesse inéluctable. Comment tenir en soi ses réserves affectives et son énergie de vie suffisamment disponibles jusqu’au printemps ? 

En réalité, l’autonomie, n’est pas une indépendance farouche ni une autosuffisance de façade. C’est la capacité intérieure à se sentir acteur de sa propre vie — à habiter son corps, à faire confiance à ses ressentis, à choisir sa direction sans être paralysé par les échos du passé. Cependant, pour les personnes porteuses de trauma, cette capacité est souvent fissurée. Le trauma, comme l’a montré Bessel van der Kolk, *fige* le corps dans un présent qui rejoue le passé. Il coupe la personne de ses signaux internes, de son élan vital, de cette boussole somatique qui nous dit « je veux », « je peux »,« je suis capable ».

Or, une voie de réparation peut s’ouvrir là où le langage atteint parfois ses limites : dans le contact avec le vivant. Non pas comme métaphore poétique, mais comme mécanisme neurobiologique documenté.

 

Ce que la science mesure : nature, humeur et système nerveux autonome

Les méta-analyses convergent

Notons que plusieurs méta-analyses récentes confirment que l’exposition à la nature produit des effets mesurables sur la santé mentale :

Hedge et al. Ainsi, une méta-analyse de 33 études publiée en 2019 a trouvé une réduction de l’humeur dépressive et de l’anxiété après des activités en nature.

McMahan & Estes (2015), une méta-analyse publiée dans le Journal of Positive Psychology, a démontré un effet modéré et robuste : la nature augmente l’affect positif et diminue l’affect négatif, même en exposition brève

Une revue systématique de 2023 (International Journal of Environmental Research and Public Health) a confirmé que l’exposition aux espaces verts réduit la fatigue  et augmente la vitalité. 

 

En conséquence, Le pont neuroscientifique : le nerf vague et la théorie polyvagale

C’est ici que le lien avec la thérapie psychocorporelle devient explicite. Ainsi, Stephen Porges, avec sa théorie polyvagale, décrit comment le nerf vague régule notre sentiment de sécurité intérieure. Chez une personne traumatisée, le système nerveux reste « bloqué » en mode défense (fuite, figement, effondrement). Le nerf vague ne peut plus remplir son rôle d’ancrage social et somatique.

Or, une revue systématique publiée en 2023 dans Current Environmental Health Reports a examiné si l’exposition en nature modifie la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC) — proxy de l’activité vagale. Les résultats montrent des preuves convaincantes que le contact à la nature augmente la VFC, signe d’un tonus vagal renforcé (https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/37516682/).

La nature dans la thérapie - EMDR BORDEAUX MOSAIC

Concrètement : marcher en forêt, écouter un ruisseau, sentir le vent sur la peau — ces expériences sollicitent les voies sensorielles qui « parlent » directement au nerf vague, sans passer par le cortex rationnel. C’est exactement le registre sur lequel travaille la thérapie psychocorporelle Vittoz 

Or, l’accès à ses sensations est possible à retrouver en mémoire corporelle, elles seront renforcées en thérapie MOSAIC, et viendront à l’appui de ressources recherchée pour faire face au souvenir traumatique (liberté, mouvement, respiration libre, lumière, ouverture, sécurité, … ) elle permettront une meilleurs intégration des évènements traumatiques à la faveur des stimulations bilatérales alternées. 

 

La restauration de l'attention et la réduction du stress

Ainsi, Kaplan (1989) a formulé la Théorie de la Restauration de l’Attention (ART), montrant que les environnements naturels captent l’attention de manière douce. Pour une personne en hypervigilance post-traumatique, ce repos est une permission neurologique de relâcher la garde.

D’ailleurs, Roger Ulrich (1983) montre aussi que la SRT entraîne une relaxation en 3 à 5 minutes, en phase avec les observations cliniques.

 

L'homme, comme la terre fait pour traverser toutes les saisons.

Alors voilà ce que nous disent les études sur la saisonnalité :

L’automne et l’hiver : le risque saisonnier

Selon les données, le trouble affectif saisonnier (TAS), décrit par Norman Rosenthal (1984), touche 3 à 5 % de la population sous nos latitudes. La baisse de luminosité réduit la synthèse de sérotonine et dérègle la mélatonine. Pour les personnes porteuses de trauma, cette vulnérabilité est amplifiée : la contraction hivernale (lumière, chaleur, lien social) peut réactiver un schéma d’effondrement (dorsal vagal shutdown, dans le langage polyvagale).

Le printemps et l’été : fenêtres de plasticité

Le printemps offre une fenêtre neurobiologique : la lumière croissante stimule la dopamine et la sérotonine, la nature se réactive (couleurs, sons, odeurs), et le système nerveux sympathique trouve un équilibre plus naturel. C’est une période où le corps « veut » bouger, explorer, s’ouvrir — des mouvements qui sont précisément ceux que le trauma a inhibés.

Cependant, une nuance psychodynamique s’impose : le printemps peut aussi être un moment de réactivation. Le réveil du corps, l’élan vital retrouvé, peuvent confronter la personne à tout ce qu’elle n’a pas pu vivre dans le trauma. La guérison n’est pas linéaire, et la nature, en amplifiant les ressentis, peut faire remonter des matériaux enfouis. C’est pourquoi l’accompagnement thérapeutique reste un cadre nécessaire quand le travail est en cours. 

L’été : le corps retrouvé

Les méta-analyses sur le shinrin-yoku (bain de forêt, Qing Li, 2010) montrent que les effets anti-anxiété sont particulièrement marqués en période estivale, probablement par la synergie entre chaleur, lumière et immersion multisensorielle. Le corps, moins contraint par le froid, retrouve ses mouvements spontanés — ce que Peter Levine, fondateur de la Somatic Experiencing, appelle les « orientings » : ces micro-mouvements de réorientation vers l’environnement qui signalent la sortie du figement. L’accès à tout le ressenti devient alors possible.

L’homme, comme la terre, est fait pour traverser les toutes les saisons.

Attention, ces constatations ne retirent pas notre capacité personnelle à établir ou rétablir un équilibre grâce notamment à toutes les ressources acquises et déployées depuis le début de notre arrivée au monde.. L’homme est fait pour traverser les toutes les saisons. Cette image pourrait être une métaphore porteuse de sens dans les passages moins chaleureux.  

Eco-psychologie : un mouvement qui évolue.

Ainsi, l’écopsychologie se présente comme une discipline croisée entre psychologie et écologie, explorant le lien entre bien-être psychique humain et santé des écosystèmes. Par ailleurs, elle postule que la souffrance écologique et la souffrance individuelle sont liées, et que la reconnexion au vivant constitue un levier thérapeutique. Née dans les années 1990 sous l’impulsion de théoriciens comme Theodore Roszak, elle interroge aussi les dimensions culturelles et politiques de la crise environnementale, en questionnant les modes de vie occidentaux comme facteurs de détresse psychique autant que de destruction écologique.

 
ecosystème - EMDR Bordeaux MOSAIC

Linda Buzzell et Craig Chalquist (Ecotherapy, 2009) ont développé des protocoles structurés d’« écuthérapie » : marche consciente en nature, jardinage thérapeutique, rituels saisonniers. Leurs travaux convergent avec les approches psychocorporelles : dans les deux cas, il s’agit de re-corréler le rythme interne de la personne aux rythmes externes, de restaurer une temporalité qui n’est plus celle de l’urgence traumatique.

Du point de vue psychodynamique, la nature offre ce que Winnicott appelait: un espace transitionnel élargi. Cet espace n’est ni intérieur ni extérieur. Dans cet espace, jeu, créativité et réparation psychique viennent sans la pression de la relation humaine directe. Pour un survivant de trauma relationnel, c’est une porte d’entrée souvent plus accessible que la relation thérapeutique elle-même.

 

Vers une autonomie incarnée

D’ailleurs, l’autonomie que vise la thérapie psychocorporelle n’est pas un isolement. C’est la capacité à se sentir en lien — avec son corps, avec les autres, avec le vivant. De plus, la nature et la création ne servent pas uniquement à contempler, ni à nourrir un petit supplément d’âme. Ainsi, comme nous sommes co-créateurs sur terre, elle agit comme co-thérapeute avec des effets mesurables sur le nerf vague, l’attention et l’humeur.

Toutefois, marcher pieds nus dans l’herbe, sentir le soleil sur les avant-bras, écouter le vent dans les feuilles — gestes ne sont pas remèdes naturels. Ce sont des interventions neurosensorielles qui parlent la langue du système nerveux primitif, celle que le trauma a monopolisée.

Si vous traversez un trauma et cherchez un accompagnement psychocorporel, le contact avec la nature peut être une ressource complémentaire précieuse. Il ne remplace pas un suivi thérapeutique, mais il peut en accélérer les effets — à condition d’être accompagné·e pour accueillir ce qui remonte.

 

Références clés :

– Porges, S. (2011). The Polyvagal Theory. Norton.
– Van der Kolk, B. (2014). The Body Keeps the Score. Viking.
– Hedge, G. et al. (2019). Nature-based interventions for mental health. J. Affective Disorders. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC8498096/)
– McMahan, A. & Estes, D. (2015). The effect of contact with natural environments on positive and negative affect. J. Positive Psychology, 10(6). https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/17439760.2014.994224).
– Roszak, T. (1992). The Voice of the Earth. Simon & Schuster. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9658851/
– Levine, P. (1997). Waking the Tiger. North Atlantic Books.
– Kaplan, R. & Kaplan, S. (1989). The Experience of Nature. Cambridge University Press.

 
 
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